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L’Italie championne des écoutes téléphoniques

(da Le Figaro)

  

Flirtant parfois avec l’illégalité, les magistrats transalpins auraient mis sur écoute 30 millions de citoyens depuis dix ans, dont le plus en vue d’entre eux, Silvio Berlusconi. 

La Chambre des députés a repris cette semaine l’examen d’un projet de loi restreignant la divulgation et la publication des écoutes téléphoniques effectuées dans le cadre d’une enquête judiciaire. Le texte était encalminé au Parlement depuis un an. Silvio Berlusconi, qui se dit victime d’un «coup d’État judiciaire», espère le voir approuver dans les 90 jours.

Le président du Conseil justifie ce texte par l’usage anormal que les parquets feraient des écoutes téléphoniques. Un usage sans comparaison avec les autres démocraties occidentales. Selon l’institut de recherches Eurispes, 30 millions d’Italiens ont été mis sur écoute en dix ans, pour un coût annuel dépassant 300 millions d’euros.

Silvio Berlusconi en sait quelque chose. Dans l’enquête de Bari sur le recrutement de call-girls pour servir ses appétits sexuels, pas moins de 10 000 conversations ont été enregistrées en trois ans et leur contenu retranscrit dans le dossier d’accusation : «Même les régimes communistes n’en auraient pas fait autant, se plaint-il. Les parquets ont liquidé Bettino Craxi ( ex-leader et premier ministre socialiste inculpé pour corruption) . Je suis maintenant leur objectif», ajoute-t-il.

Dans un dossier très documenté, l’hebdomadaire Panorama révèle tous les «trucs» employés par les magistrats, souvent à la limite de la légalité. Il est interdit par exemple de mettre des parlementaires sur écoute sans accord préalable de la Chambre des députés. C’est pourtant une pratique courante. Le premier à le déplorer est l’ex-député des Verts Marco Boato, auteur en 2003 d’une loi qui avait tenté de réglementer cette pratique : «La loi et la Constitution sont violées», dit-il.

Erreur de retranscription 

Le phénomène complique la situation de Berlusconi. Dans l’enquête de Bari, 33 conversations passées à partir de son téléphone portable ont été versées au dossier d’instruction. Ce serait illégal, d’autant que ses propos auraient été déformés. Dans une conversation du 24 août dernier, il n’aurait pas conseillé à un contact qui l’appelait de Sofia de ne pas rentrer en Italie, mais «d’attendre de voir». La nuance est subtile : ce personnage, un certain Valter Lavidola, a ensuite fait l’objet d’un mandat d’arrêt international.

D’autres personnalités sont concernées. Sur la base d’une accusation inventée de toutes pièces au téléphone par un maître chanteur, Victor-Emmanuel de Savoie a passé deux mois en prison en 2006 pour incitation à la prostitution. Le même magistrat a mis en examen le procureur général de Calabre, Giuseppe Chiaravalloti, à la suite de l’erreur de retranscription d’un carabinier. C’est d’ailleurs ce magistrat, Henry John Woodcock, qui enquête sur Berlusconi à Naples.

Pour le constitutionnaliste Angelo Bianco, il est urgent de protéger la «sphère privée» et la présomption d’innocence. «Mais c’est seulement si Berlusconi quitte la scène qu’on pourra peut-être commencer à discuter de l’usage politique que la magistrature fait des écoutes téléphoniques», ajoute-t-il.